dub
La musique dub est dérivée du reggae. Au début des années 1970, les ingénieurs du son King Tubby et Errol Thompson approfondissent les recherches d'invention d'Augustus Pablo dans le domaine du reggae instrumental. Ceci consiste à effectuer un travail des morceaux présents sur la face A des vinyls, et que l'on place en face B.
La face A étant le morceau original et la face B la version dub. Le style se caractérise alors par son accentuation rythmique, lourde et dépouillée, une basse très présente et une mélodie squelettique.
On y ajoute des effets comme des échos, de la réverbération qui permettent aux toasters (disc-jockey du reggae) de développer leurs improvisations dans les sound-systems.
Cette mouvance jamaicaine est reprise dans les années 80 par des Sounds Systems anglais (Aba Shanti I par exemple) qui y rajoutent une bonne dose d'instruments électroniques et par la prédominance du Steppah (basse et grosse caisse sur chaque temps).
Ce courant se développe ensuite en Europe (France, Allemagne, Autriche) puis se détache du mouvement reggae pour devenir un style à part entière.
La dub poetry est l'adaptation du genre "spoken word" à la musique reggae/dub. Le "poète dub" psalmodie ses textes en calquant son phrasé sur la rythmique qu'interprètent les musiciens qui l'accompagnent (Il ne chante pas mais pose sa poésie sur des rythmiques reggae/dub). Initialisé par Prince Far I, Michael Smith, Sister Breeze, Oku Onuara... c'est avec Linton Kwesi Johnson que le mouvement trouve son véritable représentant.
Cette "poèsie dub" reprend les thèmes et revendications des rastas mais s'intéresse de plus près à l'acte artistique, à l'engagement politique et social contre le racisme, l'impérialisme, les problèmes économiques...
Elle a su s'implanter dans les milieux culturels et intellectuels et contribue à élever le niveau du reggae et de la culture jamaïcaine. Des artistes comme Benjamin Zephaniah ou The Last Poets participent à l'évolution du style en l'orientant vers le Hip Hop et l'Electro.
C'est en 1967 sur l'île de la Jamaïque que le DJ Rudy Redwood du très célèbre sound-system "Supreme Ruler Of Sound" va diffuser par accident le premier morceau de reggae en version instrumentale dans un dancehall. Cette erreur involontaire est en fait due à un mauvais pressage du vinyl. La surprise est immense et le public est alors très réceptif.
Le dj va immédiatement en parler au producteur de "Treasure Isle", Duke Reid qui est à l'époque le plus important de Jamaïque et qui va dès lors éditer les 45 tours avec en face B les versions instrumentales des groupes locaux.
Ce n'est que quelques mois plus tard que l'ingénieur du son Osbourne Ruddock alias King Tubby très impressionné par les prestations du sound-system va se lancer dans des expérimentations sur ces versions instrumentales : il a l'idée de graver ses "dub plates" de manière à amplifier l'espace sonore du couple basse/batterie, en atténuant les voix sous des effets de réverb.
Nous sommes en 1968 et le "dub" vient alors de naitre. Rapidement développé par des artistes tels que Lee 'Scratch' Perry, Mad Professor ou Jah Shaka jusqu'à lors preneurs de son de groupes de reggae, le style va se caractériser par une accentuation rythmique lourde et dépouillée, sur une mélodie squelettique, avec une ligne de basse mise en valeur et beaucoup d'effets (écho, phaser, basses saturées, réverbération) qui vont alors permettre au disc-jockey de faire un spectacle sonore très accrocheur.
Le dub restera cette variante du reggae pendant vingt ans, avant de connaître un nouvel essor au Royaume-Uni où de nombreux labels anglais signaient des groupes de ska jamaïcains dans les années 60. Adrian Sherwood est le symbole vivant de cette époque en co-fondant le label Carib Gems (Black Uhuru) en 1975 puis surtout le label ON-U Sound en 1980.
Jusqu'alors, le dub était cette musique remixée, jouée dans les sound systems jamaïcains. Avec On-U Sound, il devient une musique à part entière, nourrie d'expérimentation, qui s'écoute autant qu'elle se danse. Puis le style s'est lentement développé avec des artistes n'appartenant pas à la scène reggae classique comme le bassiste Bill Laswell.
Le genre n'est donc plus à l'heure actuelle une ramification du reggae mais bien un style musical à part entière qui s'est ainsi développé aux quatre coins de la planète avec des musiciens aux influences musicales et aux origines sociales ou culturelles complètement différentes.
Si la base commune reste le reggae, le son produit devient de plus en plus riche et varié. Nous pouvons dénombrer une multitudes d'ambiances, jazz ou rock, proches des musiques de transe ou des sonorités tribales, parfois chaleureuses ou parfois très sombres et avec aujourd'hui un apport électronique important.
Le dub est une musique qui a la particularité de pouvoir être jouée avec des machines, par un groupe en live, ou uniquement par un dj qui mixe ses vinyles. La musique peut ainsi être sobre et épurée comme riche en instruments. Nous pouvons différencier plusieurs styles de dub :
Le dub stepper : le "pied" ou beat est nettement mis en valeur. Sur une mesure à quatre temps la grosse caisse marque chaque temps de façon cyclique. Ce son est plutôt qualifié de britannique après l'apparition d'artistes comme Mad Professor au Royaume-Uni.
Le novo dub : joué par des instruments en live (par opposition au remix) avec beaucoup d'effets comme le delay ou le cut-off. Les parties de batterie sont souvent agrémentées de beats à tendances hip hop ou drum'n'bass et de nombreux scratch ou samples étoffent les morceaux. Ce son est en plein essor avec une scène française très développée.
Le dub ambient ou abstract-dub: souvent produit par un artiste seul aux machines, ce style bénéficie d'un gros apport d'électronique où l'ambiance sonore est planante. Parfois nommé "Dark Dub" le son se caractérise par des mélodies poignantes et mélancoliques (dont les précurseurs furent The Orb).
Le dub old school : reggae exclusivement sans paroles, avec ou sans écho (dont les plus représentatifs restent le 38 Dub Band).
Le dub hybride : le dub n'est plus qu'un prétexte, une base sonore (tenue par la ligne de basse) pour fusionner avec tous les autres genres musicaux.
Nous voyons ainsi apparaitre de nombreux groupes fusionnant par exemple avec le metal ou la musique traditionnelle orientale.
Le dub poetry ou spoken voice: qui regroupe le dub et la poésie. C'est un peu le retour des partitions vocales dans le dub, un style souvent écarté par les puristes car il rappelle en fait le reggae -
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